Témoignage de Jean et Marie-Louise Flagothier (responsable nationale de 1992 à 2004)

Un point de vue particulier sur les équipes du rosaire de 1992 à 2004 par Jean et Marie-Louise Flagothier, respectivement responsable national et responsable nationale adjointe.

  1. Naissance des Equipes du Rosaire en Belgique 

La ville de Huy, fille de Meuse en province de Liège est depuis le XIXème siècle (nous y reviendrons) foyer de vie d’une communauté dominicaine, d’abord communauté religieuse, et ensuite toujours aujourd’hui, communauté de laïcs (hommes et femmes). 

Huy, ND de La Sarte 

Deux d’entre elles, laïques dominicaines, Aline Salmon et Jeanne Berck, ont fondé les premières équipes du Rosaire de Belgique dans les années 1980-1985.   

Toutes pétries de foi et de dévotion mariale, elles étaient également empreintes de l’impulsion dominicaine qui appelle à proclamer la Bonne Nouvelle, à prêcher, à témoigner de la foi.  

C’est donc assez naturellement qu’elles ont embrayé sur la mission que proposait le Père Eyquem dès 1955 en France, à savoir « aider les hommes à vivre en chrétiens », et particulièrement essayer de « toucher ceux qui sont loin de l’Eglise ». 

Chacune dans leur quartier de Huy ou des environs, elles ont donc créé les premières Equipes du Rosaire au début des années 1980. 

Fortes de leur conviction et brûlantes de la nécessité de répandre le message de l’Evangile, elles ont décidé de rencontrer un bon nombre de prêtres, de curés, d’abord dans le diocèse de Liège puis plus loin, afin de pouvoir se rendre elles-mêmes en paroisse pour y présenter le Mouvement. 

Grâce à leurs connaissances habitant dans les autres diocèses, elles y ont également amorcé le développement des Equipes. 

  1. Les premiers temps  

Outre l’agrandissement du Mouvement à de nouvelles équipes, un des premiers objectifs visés par les fondatrices a été d’éduquer à une « tournante » pour l’accueil de la rencontre mensuelle.  En effet, peu de mouvements de prière pratiquaient cela à l’époque, et il fallait donc faire évoluer les mentalités. 

Une fois un certain nombre d’équipes en place, il a été décidé d’organiser une rencontre annuelle réunissant tous les membres qui le souhaitaient. 

Ce rassemblement a eu lieu plusieurs années successives à La Sarte, sur les hauteurs de Huy. 

En effet, comme évoqué brièvement dans « la Naissance des Equipes du Rosaire en Belgique », La Sarte a accueilli dès 1860 (et jusqu’en 1973) une communauté de Dominicains. Aujourd’hui encore, Huy compte une dizaine de laïcs dominicains.  La Sarte était donc un lieu symbolique et inspirant pour réunir ceux qui doivent leur existence au Père Eyquem.   

Lieu de pèlerinage marial lié aux frères prêcheurs (neuvaine annuelle prêchée par des Dominicains), c’est aussi la ville où le Père Pire (fondateur des Iles de Paix et Prix Nobel de la Paix) résidait. 

A La Sarte donc lors de la journée de rassemblement national, les membres des Equipes recevaient deux enseignements (un le matin, un l’après-midi) par l’aumônier national d’alors (le frère Raphaël Devillers).   

Une autre rencontre annuelle avait lieu, sous forme de pèlerinage organisé en car. 

  1. Nos souvenirs en tant que responsables nationaux 

C’était en 1992…  

En quelques années, mon époux et moi venions d’aller trois fois en pèlerinage à Medjugorje en Bosnie.  Nous ressentions l’appel à agir de façon plus concrète pour témoigner de notre foi, mais nous n’avions pas encore trouvé la méthode… 

C’est lors de la visite d’une église en Belgique que nous avons découvert, quasiment par hasard, un petit dépliant expliquant ce qu’étaient les Equipes du Rosaire et qui contacter pour avoir de plus amples informations. 

C’est ainsi que nous avons rencontré Aline – qui en fait, habitait à seulement une dizaine de kilomètres de chez nous.  Nous avons rapidement été enthousiasmés par ce que proposait le Mouvement et nous avons créé une petite équipe dans notre village de Clermont-sous-Huy.  Quelques personnes de la famille, des voisines, et hop, nous voilà sur les rails. 

Nous faisions partie du Mouvement depuis à peine 3 ou 4 ans qu’Aline et sa co-équipière Jeanne nous demandaient de leur succéder comme responsables nationaux.   

En effet, elles avaient été les premières responsables en Belgique, elles avaient déjà officié durant plusieurs années et souhaitaient passer la relève. 

Nous avons accepté, en leur demandant de continuer à nous seconder ou nous épauler, surtout dans les débuts… 

Nous avons bien entendu commencé par reprendre ce qu’elles avaient mis en place, à savoir la journée nationale à La Sarte et un pèlerinage organisé, pour tous les membres. 

Nous avons tenté de développer ces deux journées et de chercher à notre tour à former de nouvelles équipes.  

Des responsables diocésains ont été choisis, ainsi qu’une trésorière nationale, Christiane. 

Avec eux, nous nous rassemblions à Namur, chez les Dominicaines de Salzinnes (facilité car centre géographique de la Wallonie, accès en train…). 

C’était l’occasion de recueillir les différents avis, la température sur le terrain, l’occasion d’organiser journée et pèlerinage annuels, et de débattre afin de rectifier ce qui pouvait l’être. 

C’est en Conseil diocésain que nous choisissions le lieu de pèlerinage (par exemple : Moresnet, ND de Basse-Wavre, ND de Walcourt, Banneux, ND de La Salette à Latour…) 

Conseil National des Equipes du Rosaire 2003 

Une fois par an, nous organisons également une « AGRA », une Assemblée Générale des Responsables et Adjoints.  Chaque responsable d’équipe et son adjoint est invité à une journée au cours de laquelle nous échangeons, nous aiguillons ceux qui en ont besoin (par exemple, certaines équipes souhaitent « dire le chapelet », et il faut expliquer et réexpliquer en quoi les Equipes du Rosaire ont une autre vocation).  Nous évoquons également les difficultés rencontrées, les projets de pèlerinage etc. 

Les équipes sont régulièrement visitées, encouragées par les responsables nationaux et diocésains et le mouvement s’étend dans les diocèses de Liège, Namur-Luxembourg, Brabant wallon et Tournai.   

Il y a même des prêtres qui accompagnent certaines équipes, et cela fait vraiment plaisir ! Oui, cela mérite d’être souligné : la présence d’un prêtre stimule et soutient en effet grandement les équipes.  Au lieu d’être perçues comme un lieu de foi qui menacerait la paroisse, l’équipe devient alors également un réconfort et un port pour le prêtre ! 

Chaque responsable diocésain prend en charge une fonction, rend un service pour les rencontres, choisit un car et un itinéaire, propose un musicien pour répéter les chants de la messe lors des rencontres nationales, propose un lieu de pèlerinage dans sa région.  Les idées et les fonctions sont partagées. 

Après chaque Conseil ou Assemblée, un Procès Verbal est rédigé et envoyé aux différents responsables diocésains.  Cela permet de garder des traces écrites de ce qui s’est dit, chacun y retrouve les tâches qu’il s’est engagé à accomplir, et enfin, cela permet de vérifier a posteriori ce qui a été fait ou doit être amélioré… 

Lors de chaque nouvelle reprise de la prière après les vacances, en septembre donc, la responsable de l’équipe de Latour – Virton invitait les équipes des villages frontaliers français.  

En tant que responsables nationaux, nous étions également conviés et c’est avec joie qu’après la prière, 

nous avions encore l’opportunité d’établir et de tisser des liens entre les deux pays. 

  1. Pourquoi pas en Flandre ? 

Tout simplement parce qu’il fallait trouver un traducteur pour imprimer les feuillets en néerlandais.  Il fallait aussi être capable de parler la langue pour se présenter en Flandre et faire connaître le mouvement.  Cela n’était pas dans nos capacités.  Nous en avons souvent parlé mais n’avons pas pu trouver solution à cette question pendant nos deux mandats. 

  1. Lien avec l’international et la France 

Aux environs de l’An 2000, un Dominicain belge a été désigné comme aumônier international ! Rapidement, les responsables nationaux et aumônier belges ont alors été invités à des rencontres à Lisieux ou à Dijon, où ils rencontraient leurs homologues français et étrangers. 

A Lisieux, par exemple, en mars 2005, a lieu un « jubilé missionnaire ».  L’aumônier national français y rappela le lien qui unit la prière mariale et sainte Thérèse. Pour lui, les Equipes du Rosaire représentent « le principal mouvement missionnaire du XXème siècle », rien de moins !  A cette date, on compte  

115 000 membres, présents dans quinze pays. 

En tant que responsables nationaux, nous nous rendons également une fois au pèlerinage du Rosaire à Lourdes, avec tant et tant d’autres pèlerins. 

La Charte (document expliquant les fonctions de chacun, les objectifs etc) nous a été expliquée longuement, notamment grâce à notre aumônier international belge pour qui cela avait beaucoup d’importance. 

Voilà : un lien est donc établi avec nos voisins français et avec les Equipes qui se créent sur les autres continents.  C’est le début du dialogue international, pour nous belges en tout cas.  

  1. Les aumôniers 

Être un mouvement créé, initié et porté par les Dominicains, c’est un atout, une chance. 

Ils nourrissent chaque jour leur foi par la lecture des Ecritures, la méditation, la prière, la vie commune, les rencontres avec le monde, et bien entendu, l’Eucharistie.  Tous les membres des Equipes, qu’ils soient laïcs ou consacrés bénéficient de leur vocation. 

Lors de la création des premières Equipes en Belgique, c’est le frère Raphaël Devillers qui les a prises sous son aile.  Par après, plusieurs frères dominicains se sont succédés à cette belle mission, jusqu’au frère Patrick Gillard, aumônier national actuel pour la Belgique, les Pays-Bas et le Grand-Duché de Luxembourg. 

Chacun apporte son charisme, sa sensibilité, tout en veillant à faire respecter un cadre et l’esprit évangélisateur dominicain.   

Par des concours de circonstance malheureux, les Equipes du Rosaire en Belgique ont été orphelines d’aumônier pendant quelques années (cela s’est passé après la fin de nos mandats).  La présence et le soutien d’un aumônier constituent un pilier, une force, un phare.  Nous leur devons beaucoup, et nous nous devons également de prier pour eux, afin qu’ils soient aidés dans leur ministère. Nous devons nous souvenir que nous sommes au service de l’Eglise et du monde. 

Quant à nous, nous avons surtout connu et côtoyé le frère Raphaël Devillers, car c’était lui l’aumônier quand nous étions responsables.  Apprécié de tous, grand orateur, superbe linguiste toujours au fait de l’actualité, il maniait l’humour avec élégance et facilité.  Il captivait les assemblées et était capable d’esprit d’équipe. 

C’est au frère Pierre, aumônier international de nationalité belge, que nous devons la création des rôles de responsables diocésains.  C’était son « leitmotiv » que de veiller en Belgique au respect des règles déjà appliquées en France, au respect de la « Charte », à la nécessité d’échanger et communiquer avec la France et l’international en général.  Partager les charges, les soucis, les décisions, les idées, cela devenait une nouvelle façon de travailler.  Toutes les personnes qui acceptaient d’endosser un rôle étaient cependant aussi joyeuses d’être ainsi investies d’une mission et de se sentir utiles. 

  1. Déroulement journée nationale 

La journée nationale a probablement existé dès les premières années du Mouvement, mais nous n’en connaissons l’existence qu’à partir du moment où nous avons rejoint les Equipes, vers 1992. 

Lorsque nous avons été choisis pour succéder à Aline et Jeanne, ce n’est plus à La Sarte (Huy) mais chez les religieuses de la Charité à Salzinnes (Namur, capitale wallonne) que nous nous retrouvons.  Les Soeurs disposent de locaux ad hoc, de parking, d’une cuisine, d’une chapelle qui nous sont bien utiles. 

Après l’accueil matinal et un moment de prière, un enseignement nous invitait à la réflexion.  Chaque équipe se présentait (lieu, nombre, joies et difficultés…). Dîner pique-nique, puis généralement, petits groupes de partage sur un sujet prédéfini en réunion des responsables diocésains.  La journée se terminait avec une répétition de chants et la messe. 

  1. Quel apport pour nos villes et villages ? 

Il nous est difficile de donner des généralités concernant les apports des Equipes à la vie rurale et urbaine.  Nous n’avons pas fait d’enquête… !   

Souvent, nous avons entendu combien les membres aimaient se retrouver dans leur équipe de quartier.  Il y avait toujours une notion de joie, d’attente, de réjouissance.  Pour certaines personnes, la rencontre mensuelle était et est encore une des seules occasions de se retrouver avec d’autres, d’échanger, de vivre l’accueil et le respect. 

Dans nombre d’équipes, il y a des membres qui ne côtoient pas l’église pour la messe. Ce sont des personnes que l’on pense non croyantes, ou des personnes très touchées par la foi et par Jésus mais qui se sont éloignées de l’Eglise.  Elles ont cependant toujours quelque chose à nous apprendre sur les mystères de Dieu et de la vie. 

Dans la diversité, il y a une richesse incroyable lors des partages proposés dans le feuillet.  Se nourrir de la Parole de Dieu et s’éveiller à ce qui retient l’attention d’autrui, cela favorise l’accueil et le respect qui font grandir en humanité et en fraternité. 

Une Equipe du Rosaire en 2000 

La Vierge a été sculptée par l’époux d’une des membres, qui pourtant n’apparaissait jamais aux réunions de prière… Merci, René ! 

(le seul homme de cette soirée-là prend la photo ! Hahaha !) 

De façon plus personnelle, pour nous, l’équipe est un lieu de réelle concorde.   

  • Nous nous découvrons de plus en plus attachés les uns aux autres grâce à la prière.   
  • Nous nous inquiétons des uns et des autres, nous développons une relation plus profonde,  
  • Nous nous sentons en communion même en-dehors des jours de rencontre.   
  • Nous nous savons unis pas l’Esprit-Saint.   
  • Nous nous épaulons mutuellement quand nous sommes invités à partager des exemples de nos propres vies ;  
  • Nous nous soutenons pour essayer de mieux comprendre les Ecritures ;  
  • Nous nous encourageons quand l’un semble dépité ou dans une impasse.   
  • Nous nous nourrissons de l’expérience de chacun.   

Depuis nos pèlerinages en Bosnie, nous continuons à trouver dans les Equipes du Rosaire un chemin qui nous permet de répondre à l’appel de Marie que nous ressentions.  Rendons grâce à Dieu ! 

Le Seigneur a besoin de tous les hommes pour travailler à sa vigne.  Petitement et humblement, notre « oui » aux Equipes peut ainsi devenir un « oui, nous voici » quand Dieu nous fait signe.  Avec Marie comme maman et comme guide, nous sommes en de bonnes mains ! 

L’écoute réciproque, sans jugement,  

La prière commune, 

La confiance les uns dans les autres, 

Tout cela fait de nous une petite Eglise de quartier en marche dans la grande Eglise. 

Et c’est Dieu qui fait le reste…